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Elle
existe cette peinture saine de la réalité vivante dans une sorte
de clandestinité voulue par une critique si étroitement liée
aux prêtres de la religion informelle qu'elle en paraît comme
miraculée.
Des
statisticiens, qui paraissent sérieux, évaluent à quarante
mille le nombre des « peintres » vivant en France.
Quarante mille ? Un peu plus, le taux de leur natalité
augmentant non moins rapidement que la prolifération des
chanteurs sans voix.
Quarante
mille... c'est-à-dire une trentaine d'élus dont il n'est pas
aventureux de retenir les noms lorsqu'on établit le bilan des
profits et faillites de l'actuelle génération des artistes engagés
sur les deux versants de la quarantaine.
Ce
n'est pas d'aujourd'hui que je me suis permis d'enrôler Paul
Collomb dans cette équipe dé maquisards de la peinture-peinture
pour qui la nature n'est pas une gourgandine à éviter, ni l'art
de peindre une frivolité, même au temps de la sorcellerie nucléaire.
Loin
de moi la prétention – je ne suis pas assez courtisan – de
laisser croire que Paul Collomb représente pour moi toute la
peinture d'aujourd'hui, toute la résistance à l'occupant «
abstrait » et que la délectation procurée par un tableau bien
peint ne m'est dispensée que par cet esprit vif et clair. Et sérieux,
ce qui ne gâte rien.
Dans
tout ce qu'entreprend Paul Collomb, dans toutes les difficultés
spéciales au sujet qu'il choisit et dont il devient maître, dans
l'organisation de ses sensations, il apporte tant de naturel,
c'est-à-dire de sincérité, de courage, d'aveux du bonheur de
peindre et aussi tant de sentiment « cette vertu oubliée »
disait Bonnard... que de telles qualités et prérogatives ne
peuvent que susciter l'estime et l'admiration de ceux qui prétendent
encore sentir la peinture. Et ne se croient pas volés parce qu'un
tableau leur donne du plaisir.
L'éloignement
de Paul Collomb de la facilité, de la vulgarité, de l'ordinaire,
sa réprobation d'une peinture qui sent le renfermé ou n'a que le
monstrueux ou l'abscons comme objet, confèrent à Paul Collomb un
petit air révolutionnaire qui n'est pas pour déplaire à
certains. Etre révolutionnaire, la palette au poing, c'est tenter
de restituer sa dignité et sa fonction à un langage pictural,
moyen de communion entre l'artiste et le spectateur; c'est ne pas
faire la fine-bouche devant l'héritage-musée et de n'accepter
que sous bénéfice d'inventaire l'héritage-tradition; c'est, ne
pas se targuer d'être le précurseur destiné à marquer son siècle
mais un aboutissant des fulgurantes éclosions du XIXe
siècle. C'est surtout proposer son propre bien comme du greffé
sur du déjà greffé... ainsi qu'il advint à travers les siècles,
si l'on en juge par l'évolution de l'art, d'un maître à un
autre maître.
Mais,
Paul Collomb, ce terrien adhérant de tout son être aux moindres
éléments du monde sensible, comme aux plus nobles, est sans
conteste une exception dans son commando de réfractaires à
l'incongruité, à l'infantilisme, au mal torché.
Il
a le privilège – et le mérite – de s'être hissé, et ce
n'est pas d'hier, jusqu'aux étages supérieurs dans la hiérarchie
de la peinture. Histoire de donner raison à Paul Cézanne:
« L'aboutissement de l'art, c'est la figure ».
Paul
Collomb est souvent un peintre de figures. Je le soupçonne de ne
vouloir être que cela. C'est une engeance rare et qui prolifère
peu en ce siècle de la vitesse où l'ébauche-quart d'heure est
reine et où le bâclé est rémunérateur.
En
dix, vingt... vastes compositions, les paysages, les intérieurs
sont fonction de la présence humaine dans sa vérité particulière.
L'homme n'est jamais l'accessoire du décor. Il en est la
justification. Il n'est pas la tache complémentaire du bleu d'un
ciel, une verticale supplémentaire de l'arbre, la silhouette
morte d'une nature-morte. Il est un type d'individu. La danseuse,
la marchande de fleurs, le paysan savoyard, le pêcheur, le
gardien de square, la mère X... sont des types.
Pour
que le personnage d'un tableau devienne un type, il faut, disait,
je crois, Théophile Silvestre à propos de Delacroix :
« ...que la nature du peintre fermente dans celle du modèle
comme le ferment dans la pâte. »
Plus
que trois pommes ou deux douzaines d'anémones, même bien
peintes, une composition animée de Paul Collomb doit avoir une
puissance communicative capable d'introduire chez le profane
quelques germes d'initiation à la vraie peinture.
GEORGE
BESSON
Texte
écrit par George Besson en 1967 pour une exposition particulière
au musée d'Annecy.
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